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L’indice de perception de la corruption de Transparency international : un outil clé pour l’analyse du risque de corruption dans les entreprises

Dans un contexte économique globalisé ou le level playing field tend à s’éclipser, les entreprises doivent plus que jamais naviguer dans des environnements complexes où la corruption représente un risque majeur pour la compétitivité et la réputation. L’indice de perception de la corruption de Transparency international (CPI, Corruption Perceptions Index) est un outil stratégique qui permet aux entreprises d’évaluer le niveau perçu de corruption dans 182 pays[1].

Qu’est-ce que l’indice de perception de la corruption ?

L’Indice de perception de la corruption note et classe les pays/territoires (182)[2] en fonction du degré de corruption présent dans le secteur public d’un pays tel qu’il est perçu par les experts et les chefs d’entreprise. Il s’agit d’un indice composite[3], une combinaison de 13 enquêtes et évaluations de la corruption réalisées par différentes institutions réputées : 0 signifie un niveau de corruption très élevé ; 100 indique une perception de corruption très faible, donc un environnement plus transparent. Il saisit les pots-de-vin, le détournement de fonds publics, le népotisme, la protection accordée aux lanceurs d’alerte, l’accès de la société civile aux informations sur les affaires publiques. Il ne saisit pas le blanchiment.

Pourquoi l’indice de perception de la corruption est utile aux entreprises ?

L’indice de perception de la corruption est un outil publié chaque année qui participe à la sécurisation des organisations dans l’exercice de leurs activités. Il dégage les grandes tendances, par pays, de la corruption dans le secteur public, en permettant aussi sa visualisation à travers une cartographie illustrative.

Ainsi, les entreprises qui souhaitent investir dans un nouveau marché ou répondre à un appel d’offre peuvent utiliser l’indice pour identifier les pays où le risque de corruption est élevé. L’indice permet à la fois d’objectiver un niveau de risque par pays (filiales, marchés, lieux d’achats, zones d’export, pays d’intermédiaires, etc.), de prioriser les zones à couvrir en premier (déploiement politique cadeaux/hospitalité, contrôles comptables, audits, etc.) et de justifier la proportionnalité des mesures. L’indice de perception de la corruption devient un champ dans la cartographie (avec une mise à jour annuelle à la publication du CPI).

Par ailleurs, l’indice sert d’outil de due diligence dans la sélection des partenaires commerciaux et des filiales locales en renforçant aussi l’attention portée à certaines transactions (Cadeaux / invitations / hospitalité, dons, sponsoring, mécénat, recours à un intermédiaire, marchés publics) permettant ainsi d’ajuster les clauses contractuelles et la gouvernance d’approbation.

Enfin, l’indice de perception permet de piloter la formation, la communication et les audits « là où le risque est”. Deux leviers sont directement “pilotés par CPI : formation ciblée par des modules renforcés et plus fréquents pour les populations exposées dans les pays à CPI bas (sales, achats, logistique, relations institutionnelles) ; plan d’audit / monitoring : audits plus fréquents des entités/pays à CPI bas, tests de contrôles (paiements, justificatifs, tiers, cadeaux, notes de frais).

L’indice de perception de la corruption de Transparency international participe ainsi à la documentation nécessaire pour assurer la traçabilité des programmes de conformité.

Limites et précautions

Même si le l’indice est un indicateur utile, il comporte certaines limites :

  • Perception et non réalité : Il reflète l’opinion d’experts et de dirigeants, pas nécessairement la corruption réelle.
  • Variabilité entre secteurs : Certaines activités sont plus exposées que d’autres, et l’indice ne distingue pas ces nuances, ne permettant pas une approche sectorielle du risque.
  • Évolutions rapides : les réformes anti-corruption peuvent améliorer rapidement le climat des affaires, mais cela ne sera visible dans l’indice de perception qu’avec un certain retard.
  • Il ne mesure pas la corruption dont le secteur privé est à l’initiative[4].

Que dire de la tendance en 2025 ?

La corruption progresse à l’échelle mondiale. Pour la première fois depuis 10 ans, la majorité des pays ne parvient pas à maîtriser la corruption. La moyenne de l’indice a chuté jusqu’ à 42 sur 100 et on observe une tendance inquiétante de la dégradation de l’indice dans les démocraties : (Etats unis, France, Suède, Nouvelle Zélande, Royaume uni, Canada.

Cette évolution traduit notamment une absence de leadership politique, le démantèlement progressif de dispositifs anticorruption, ainsi que la multiplication des attaques contre l’État de droit et des restrictions visant l’espace civique.

Particulièrement, la France observe une chute de l’indice inédite. Avec un score de 66 sur 100 et la 27e place sur 182 pays, la France perd un point et recule de deux places par rapport à 2024, témoignant d’une situation historique, qui confirme la dégradation du contexte dans lequel évoluent les acteurs économiques.

Plus que jamais, dans un paysage international fragmenté, les entreprises doivent se mobiliser pour placer la lutte contre la corruption au cœur de leurs engagements non seulement pour défendre les valeurs de leurs organisations mais aussi pour sécuriser leurs activités tant sur le plan juridique que réputationnel.

Laurence Fabre, Responsable du secteur privé et des programmes enseignement supérieur, Transparency International France

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[1] https://transparency-france.org/2026/02/10/indice-de-perception-de-la-corruption-2025-une-alerte-mondiale-pour-les-democraties/

[2]https://transparency-france.org/wp-content/uploads/2026/02/Indice-de-perception-de-la-corruption-2025_Transparency-International.pdf

[3] https://transparency-france.org/2025/02/11/comment-est-calcule-lindice-de-perception-de-la-corruption/

[4] https://transparency-france.org/nous-connaitre/nos-publications/exporting-corruption/

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