À l’occasion de la passation de bâton du 18 décembre 2025, au cours de laquelle le bâtonnier de Paris Pierre Hoffman et la vice‑bâtonnière Vanessa Bousardo ont transmis leurs fonctions à Louis Degos, bâtonnier élu, et Carine Denoit‑Benteux, vice‑bâtonnière élue, qui prendront leurs fonctions le 1er janvier 2026, ce dernier a appelé la profession à une mobilisation collective face aux attaques contre l’État de droit, aux fractures démocratiques et aux défis économiques. Il a présenté sa méthode des trois R — restaurer, réformer, rassembler — comme un plan d’action destiné à redonner puissance, unité et visibilité au barreau de Paris.
En ouverture de son discours, Louis Degos a rappelé que l’ordre des avocats a déjà disparu dans l’histoire et qu’aucune institution n’est intangible. Il a évoqué « une époque dure avec les institutions, avec les principes fondateurs » et souligné que « les civilisations sont mortelles, les institutions aussi ». Pour lui, l’avocat demeure un indicateur de la santé démocratique : lorsque la justice est attaquée, c’est l’équilibre républicain qui vacille.
Urgence démocratique : reconquérir l’espace public
Constatant une parole juridique affaiblie — « Nos motions, nos communiqués n’ont été lus que par nous-mêmes » — le bâtonnier a appelé à réinvestir les médias et à répondre aux discours hostiles : « Nous n’avons pas laissé les fâcheux et les factieux parler tout seuls. »
Il a annoncé la création d’un pôle dédié à l’accès au droit et aux libertés, chargé de fixer « des lignes rouges infranchissables » et de structurer la défense de l’État de droit.
Urgence économique : positionner Paris comme hub juridique européen
Louis Degos a interrogé la capacité du barreau à affronter l’intelligence artificielle, l’essor de l’amiable et la concurrence internationale. Il a affirmé que « le barreau de Paris est une place judiciaire et économique de premier plan » et doit assumer ce rôle. Il a ajouté que « l’économie du droit doit devenir un enjeu national », annonçant que le barreau ferait en sorte qu’elle « prenne toute sa place dans le débat de 2027 ». Dans cette perspective, il a indiqué que la profession demanderait la création d’un secrétariat d’État dédié, afin de donner à ce secteur un portage politique à la hauteur de son poids économique.
Il a également rappelé que « l’économie, c’est pour tous les avocats », refusant l’idée d’un barreau à deux vitesses.
La méthode des 3R : un cadre stratégique
Restaurer : réaffirmer les fondamentaux et la place de l’avocat
Louis Degos a d’abord voulu restaurer la place de l’avocat, au cœur de la démocratie comme de l’économie du droit. Il a défendu avec force l’unicité du secret professionnel, présenté comme non négociable : « Il n’y a eu qu’un seul secret comme il n’y a eu qu’une seule robe. »
Restaurer a également signifié renforcer la puissance économique du barreau, en accélérant le recouvrement des honoraires, en mettant à disposition des cabinets des outils numériques gratuits, et en consolidant l’attractivité internationale de la place de Paris.
Enfin, restaurer a impliqué de garantir l’accès au droit, avec une proposition structurante : la création d’une 7ᵉ branche de la protection sociale, destinée à couvrir les aléas juridiques auxquels les particuliers sont confrontés tout au long de leur vie.
Réformer : adapter la profession aux mutations
Réformer a consisté à adapter la profession aux transformations économiques, technologiques et sociétales. Louis Degos a insisté sur la nécessité de distinguer clairement la déontologie des règles professionnelles, afin de permettre à ces dernières d’évoluer sans fragiliser les principes fondamentaux.
Il a également appelé à renforcer la coopération avec le Conseil national des barreaux, présenté comme un véritable levier d’influence normative.
Réformer a aussi signifié moderniser les services de l’Ordre, améliorer l’accueil des avocats — qu’il soit physique, téléphonique ou digital — et porter des projets structurants, notamment le retour du tribunal de commerce sur l’île de la Cité.
Rassembler : recomposer les alliances professionnelles
Enfin, Louis Degos a voulu rassembler la profession et ses partenaires, en dépassant les frontières internes du barreau comme les frontières territoriales. Rassembler a d’abord signifié dépasser les clivages internes et territoriaux, en affirmant la nécessité d’un dialogue renforcé entre Paris et les barreaux de Province, afin de construire une représentation plus cohérente et plus influente.
Il a également souhaité renforcer les liens avec les barreaux franciliens et les juridictions, et associer l’ensemble des acteurs du droit et de la justice : professions juridiques, entreprises, syndicats, forces de sécurité, administration pénitentiaire, mais aussi le monde culturel, pour garantir une représentation moderne et transversale de la profession.
Rassembler s’est enfin incarné dans une dynamique de réflexion et d’ouverture, tournée vers l’avenir : il a annoncé la transformation de l’Ordre en think tank en 2026–2027, la relance de l’Open Paris Bar et l’ouverture du campus à la société civile, afin de faire du barreau un lieu de réflexion, d’innovation et de circulation des idées entre Paris et les territoires.
Arnaud Dumourier
