À l’occasion de la cérémonie institutionnelle des vœux du Conseil national des barreaux, Julie Couturier a appelé les avocats à défendre les libertés dans un contexte international et national marqué par les tensions et les dérives sécuritaires. La présidente du CNB a détaillé les priorités de la profession pour 2026, de la sanctuarisation du secret professionnel à la souveraineté numérique, en passant par les réformes disciplinaires et l’accompagnement des avocats. Invitée à prendre la parole, Gérald Darmanin a affiché sa volonté de dialogue tout en confirmant plusieurs réformes majeures, notamment sur le décret RIVAGE.
Julie Couturier : « Rien ne peut se décider sans les avocats »
En ouvrant la cérémonie, Julie Couturier a immédiatement donné le ton : celui d’une profession qui refuse la résignation et entend reprendre toute sa place dans la défense de l’État de droit. Évoquant l’intervention militaire américaine au Venezuela, les menaces contre les juges internationaux et les sanctions visant le juge Nicolas Guillou, elle a décrit un monde où « l’usage de la force s’est répandu » et où la justice pénale internationale fait face à « d’inacceptables tentatives de muselage ».
Face à ces dérives, la présidente du CNB a rappelé que la profession demeure un rempart essentiel : « L’abandon du droit au profit de la force, les libertés sacrifiées sur l’autel de la sécurité… Nous sommes encore une majorité à ne pas l’épouser. »
Elle a revendiqué avec force la place des avocats dans la vie démocratique : « Rien ne peut se décider sans les avocats. Les avocats de la République, ceux qui l’ont construite, ceux qui la défendent. »
Les avocats mobilisés pour défendre les libertés
Julie Couturier a annoncé que le CNB, les syndicats, la Conférence des bâtonniers et le barreau de Paris travaillent depuis plusieurs mois à une stratégie commune destinée à replacer les libertés au cœur des prochaines échéances électorales. Elle a salué « le travail, l’enthousiasme et le dévouement » des élus du CNB, ainsi que « la loyauté et la grande compétence » des permanents.
L’objectif est clair : « Embarquer celles et ceux qui croient encore aux bienfaits de la liberté. »
Indépendance, discipline, Carpa
La présidente du CNB a détaillé les chantiers prioritaires de 2026. Elle a évoqué des réformes « exigeantes » en matière disciplinaire et de règles de fonctionnement et de contrôle des Carpa, ainsi que la mise en œuvre d’outils renforcés pour lutter contre le blanchiment, le financement du terrorisme et du narcotrafic.
Elle a posé une ligne rouge nette : « Les bâtons ne trembleront pas, mais nous ne souffrirons aucune entorse aux droits de la défense, ni à notre secret professionnel. »
« Il est grand temps de sanctuariser notre secret professionnel »
Julie Couturier a rappelé que le secret professionnel constitue l’un des « meilleurs atouts » de la profession pour défendre sa liberté économique et sa souveraineté. Elle a appelé à le sanctuariser « dans sa forme pleine et entière ».
Elle a également insisté sur la nécessité de poursuivre le travail d’influence en faveur d’une intelligence artificielle juridique souveraine et européenne, saluant les avancées réalisées avec le Legal Data Space. « C’est la condition de notre liberté que chaque avocat ait les moyens de se doter de ces outils. »
Une ambition internationale
2026 sera marquée par deux rendez-vous majeurs : le G7 des avocats à Paris, en marge de la présidence française, et la Convention nationale à Toulouse, Albi et Montauban, où plus de 5 000 avocats et une cinquantaine de délégations étrangères sont attendus.
L’objectif : affirmer la force du droit continental dans le débat européen.
Accompagnement des avocats : santé mentale et outils IA
Julie Couturier a annoncé un dispositif inédit d’accompagnement en santé mentale pour les 79 000 avocats français, ainsi que de nouveaux outils d’intelligence artificielle destinés à améliorer la productivité tout en préservant la confidentialité.
Elle a conclu en appelant la profession à retrouver « le goût de l’engagement » : « Allons, ensemble, au bout de ce que nous sommes vraiment : des combattants, des femmes et des hommes libres. »
Gérald Darmanin répond aux préoccupations des avocats
Invité à prendre la parole, Gérald Darmanin a salué la qualité du dialogue engagé avec la profession depuis un an, « toujours franc et respectueux, jamais complaisant ». Il a ensuite répondu aux préoccupations soulevées par le CNB.
RIVAGE : « Aucun décret ne sera présenté sans consensus »
Sur le très sensible projet de décret RIVAGE, Gérald Darmanin a tenu à rassurer : « Je ne présenterai pas un décret qui n’aurait pas prévenu une longue discussion et, je l’espère, un consensus. »
Il a reconnu que certaines réformes antérieures avaient donné lieu à des « procédures absurdes » et salué la réouverture de la concertation sous l’égide de la DACS.
Secret professionnel
Le ministre de la Justice a indiqué d’être attentif aux propositions de la profession sur le secret professionnel.
Prisons : numerus clausus et dignité carcérale
Le garde des Sceaux a annoncé vouloir inscrire dans la loi des numerus clausus dans les maisons d’arrêt et supprimer tous les matelas au sol d’ici dix-huit mois. « La fermeté et la dignité ne sont pas incompatibles. »
Des crédits de la justice en hausse, mais encore insuffisants
Gérald Darmanin a rappelé que le budget de la justice était l’un des rares à connaître une progression significative, avec 1 600 créations de postes prévues alors que l’État en supprime 4 000 dans d’autres secteurs. Il a également souligné que 2025 avait été la première année depuis près de trois décennies sans annulation de crédits pour son ministère.
Pour autant, il a reconnu que ces efforts ne suffisaient pas encore à atteindre les standards européens, tout en affirmant que la trajectoire budgétaire témoignait d’un engagement politique clair.
Arnaud Dumourier
